Après six jours de course à essayer de sauver le plus d’énergie possible en vue du contre la montre, la septième étape du Tour de Cuba était enfin le temps pour moi de montrer ce que j’avais en tête depuis plusieurs semaines. Déjà , la veille au soir, j’étais en train de visualiser mon effort long de 35km entre les champs de canne à sucre. À mon étonnement, tôt le matin, je me suis réveillé confiant de mes capacités physiques et après un temps d’attente qui me parait toujours comme une éternité j’ai pu commencer à me réchauffer pour cet instant décisif du classement général de la Vuelta. Fait cocasse, Steve ayant demandé à un résident de la ville la permission d’utiliser leur voiture pour mon support mécanique en cas de pépin lors de la course, j’ai pu avoir la chance d’être suivie par un bolide américain sortant tout droit des vieux films d’Hollywood, un énorme Pontiac de couleur rouge délavé 1953. Dès le départ je m’efforçais de garder un rythme élevé tout en essayant d’ignorer les mauvaises sensations, perception fréquente en début d’un contre la montre dû au choc du départ d’un effort violent sur le corps refusant la douleur soudaine. Par la suite il ne me restait plus qu’à maintenir ma vitesse de croisière le plus longtemps possible. Au passage de la ligne d’arrivé j’entendis le commentateur de la course crier mon nom a plusieurs reprise… dès lors je savais que je venais de faire un bon temps. Environ quinze minutes plus tard, lorsque le dernier coureur passa la lige, on me confirma que je venais de gagner l’étape et de ravir le maillot jaune par trois secondes.